Le décès de Fouad n’est pas un acte isolé.

Attention, cet article fait mention de suicide, de violences transphobes et de mort. 
Nous pensons qu’il est important de donner de la visibilité au sujet de la violence quotidienne et de la transphobie subies par les personnes trans. Parce que rien ne remplace les vécus des concerné·e·s et qu’il est essentiel de faire de la place à plus de représentation des personnes trans, n’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez témoigner ou parler de ce sujet. 

Fouad n’avait pas encore adopté un nouveau prénom et hésitait entre Luna et Avril. Elle préférait se faire appeler  par son prénom de naissance en attendant. 

Les termes avec une * sont définis en fin de l’article. 

Mardi 15 décembre, nous apprenions le décès de Fouad, une lycéenne transgenre* de 17 ans, étudiante au lycée Fénelon à Lille, après qu’elle se soit donné la mort. 
De sa mort, un sentiment de colère, de grande tristesse, et de lassitude. 
Son suicide n’est pas un acte isolé. Il est la conséquence directe et dramatique d’un système où la transphobie* atteint tous les aspects de notre société. 

Précarisée par le rejet de sa famille, et exclue du domicile familial, Fouad vivait dans un foyer étudiant. Les violences transphobes dans le milieu familial sont malheureusement courantes chez les jeunes personnes trans. Elles peuvent se manifester par des moqueries, un refus de l’identité de genre de l’enfant ou de la personne concernée, par des violences physiques et psychologiques et par l’exclusion totale du foyer familial.
Nous possédons peu de chiffres en France sur ce sujet. L’association Stonewall au Royaume-Uni montre pourtant qu’une seule personne transgenre sur quatre est soutenue par l’ensemble des membres de sa famille. Une personne trans sur quatre a également été sans logement à un moment de sa vie. (1) 

Ces violences ont des conséquences lourdes chez les adolescent·e·s et les exposent à un risque accru de dépression, anxiété, pensées suicidaires et tentatives de suicide. Des études menées aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni notamment montrent ainsi que la suicidalité est en moyenne 2 à 5 fois plus élevée chez les jeunes trans que chez les jeunes cis* (2). Les pensées et tentatives suicidaires apparaissent comme la conséquence directe des discriminations subies par les personnes trans, de l’absence de reconnaissance et de représentations de leurs identités, du manque de soutien familial et de la possibilité pour elles de vivre leur genre authentique. Ainsi une étude de Russell et al. de 2018 montre par exemple que l’utilisation du prénom choisi dans plus de contextes est associée à moins de dépressions, de pensées et de comportements suicidaires chez les jeunes trans. (3)

On comprend aisément que le milieu scolaire représente un de ces contextes chez les jeunes trans, où il est souvent difficile de vivre leur réelle identité. L’école, le collège, le lycée peuvent ainsi se dresser comme une véritable épreuve où le harcèlement scolaire, l’incompréhension et le manque d’accompagnement du personnel enseignant peuvent peser énormément sur les concerné·e·s. (4) 

Les semaines ayant précédé le suicide de Fouad ne font malheureusement pas exception.
Le 2 décembre, la direction du lycée Fénelon s’oppose à sa tenue vestimentaire, alors que Fouad porte une jupe, ce qui la pousse à rentrer chez elle. L’incident est dénoncé dès le lendemain par les camarades de Fouad. Des affiches sont collées dans l’établissement, et plusieurs viennent en jupe au lycée. La direction revient finalement rapidement sur sa décision précédente et autorise Fouad à porter une jupe au lycée. 

Il ne s’agit pas ici de désigner un·e seul·e responsable, ou de présumer connaître les dernières pensées de la jeune femme. Il est pourtant important de comprendre l’impact que peuvent avoir de tels propos et comportements. Il ne s’agit pas d’un simple incident, réglé en quelques jours, mais bien d’une négation de l’identité de genre des personnes concernées, et une interdiction d’une expression de genre qui peut avoir des conséquences dramatiques. Il est urgent de ne plus banaliser ces violences et de comprendre leur gravité.

Mardi 15 décembre, Fouad met fin à ses jours. Sa mort n’est pas un fait divers.
Sa mort n’est pas un nom de plus sur une liste qui s’allonge tous les ans. 
Sa mort s’inscrit dans un système transphobe qui précarise les personnes trans et les expose à des violences quotidiennes à tous les niveaux de leur vie. 

Il est urgent que les établissements scolaires reconnaissent leur rôle dans cette violence, et mettent en place des structures d’accompagnement pour les étudiant·e·s concerné·e·s. L’absence de connaissance et d’éducation du personnel éducatif met directement les jeunes transgenres en danger. 
Il est urgent d’agir. D’agir devant cet impératif humain. 
Pour Fouad, et pour les concerné·e·s. 

Pour aller plus loin sur le sujet : 

La transphobie est punie par la loi en France. Si vous êtes victime ou témoin de transphobie, vous pouvez appeler la ligne nationale d’écoute de SOS Homophobie au 01.48.06.42.41 ou le service d’écoute assuré par SIS-Association au 0 810 20 30 40. 
N’hésitez pas à vous rendre sur le site https://soutenonslespersonnestrans.inter-lgbt.org qui regroupe des pistes pour mieux comprendre les personnes trans, et pour les soutenir. 
On ne peut également que vous conseiller la parole des concerné·e·s et notamment le replay du live de Lexie  du compte @aggressively_trans : Suicide et Transidentité : une question sociale et collective 
Si vous le pouvez, vous pouvez contribuer en donnant aux associations, comme au FAST (Fonds d’Aide Sociale Trans), porté par Acceptess-T qui lutte pour la défense des droits des personnes transgenres les plus précarisées. 

Définitions : 
– La transidentité traduit le fait que l’identité de genre d’une personne ne corresponde pas au genre qui lui a été assigné à la naissance. On parle de personnes transgenres ou de personnes trans (le mot transgenre, trans s’utilise comme un adjectif). 
– Une personne cisgenre est une personne dont l’identité de genre correspond au genre qui lui a été assigné à la naissance. 
– La transphobie désigne toutes les marques de rejet, de discrimination et de violences à l’encontre des personnes trans

Sources :
(1) LGBT in Britain : Trans report (2018), Stonewall
https://www.stonewall.org.uk/system/files/lgbt_in_britain_-_trans_report_final.pdf
(2) Medico, Denise, et al. « « J’aimerais mourir. » Comprendre le désespoir chez les jeunes trans par le concept d’oppression développementale. » Frontières, volume 31, numéro 2, 2020. 
(3) Russell ST, Pollitt AM, Li G, Grossman AH. Chosen Name Use Is Linked to Reduced Depressive Symptoms, Suicidal Ideation, and Suicidal Behavior Among Transgender Youth. J Adolesc Health. 2018 Oct;63(4):503-505. 
(4) Dagorn, Johanna, et Arnaud Alessandrin. « Être une fille, un gay, une lesbienne ou un.e trans au collège et au lycée », Le sujet dans la cité, vol. 6, no. 2, 2015, pp. 140-149

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :